Ludmilla Cerveny, Becomming Ground, IDK Contemporary, Brussels, 2015.
Des décombres célestes, des reliquats d'éruptions volcaniques. Des matières primitives, organiques, vivantes : terre, eau, racines. Des matières anthropiques : fer, béton, papier. Une main guérisseuse serrant un morceau d'argile, une autre, vive, plongée dans un bac de sable, d'eau et de granulats. Ils sont deux corps, deux énergies mais leur force est une, entière, indivisible.
S'il est de primes abords brut, sans concession et issu d'un chaos, le travail des mountaincutters n'en est pas moins construit et équilibré. Leurs échanges – permanents - leur permettent de fonder un univers qui intègre à la fois un monde à notre échelle et un monde plus grand, lointain, inconnu. En cherchant sans cesse, en creusant la terre, les mots, en plongeant dans le ciel, les mountaincutters deviennent des passeurs entre ces deux mondes et créent une forte dialectique entre le souterrain, les entrailles (les leurs et celle de la Terre) et le Ciel, le céleste.
A l'encontre d'un art situé tout près de la contemporanéité de notre siècle et qui se pare du technologique, leur engagement est de travailler sur le primitif de cette condition humaine : vouée à la mortalité, la sexualité et le travail.[1] Ainsi l'univers qu'ils construisent voit ses frontières sans cesse élargies : chacun apporte à l'autre une part de son identité et le tout se fabrique à partir d'échanges, de cycles, de mouvements.
L'installation 'Aorta' présentée ici est faite de ces cycles, de ces échanges : l'eau circule, s'échappe, ruisselle, rencontre des réceptacles ; son parcours - mené par le ronronnement de la pompe – est dessiné par le long tuyau noir qui devient une ligne, serpente et lie les éléments ensemble.
L'installation ainsi nichée dans l'angle de la rue devient une portion de paysage, vibrante, vivante : un paysage aux résonnances primitives mais anthropisé. -----------------
[1] En référence au mythe de la chute de la condition primordiale de l'homme immortel et libre, que décrit très bien Mircea Eliade dans Mythes, rêves et mystères. Ludmilla Cerveny
diplômée d'état en architecture, photographe indépendante & artiste plasticienne.

Celestial rubble, remainders of volcanic eruptions. Primitive matter, organic, alive : ground, water, roots. Anthropogenic matters : steel, concrete, paper. A healing hand squeezing a piece of clay, an other, sharp, plunged into a pit of sand, of water and aggregates. They are two bodies, two energies but their strength is one, uncompromised, indivisible.

If at first rough seeming, without concession and arising from chaos, Mountaincutter's work is nonetheless built and balanced. Their exchanges – continuous – allow them to create a universe that integrates both a world at our scale and a bigger, distant, unknown one. Endlessly searching, digging the earth, our words, diving in the sky, the Mountaincutters become smugglers between these two worlds, creating a dialectic force between the underground, the bowels (theirs and those of the Earth) and the Sky, the Celestial.

In opposition to an art situated close to the contemporariness of our century bedecking itself within technology, their commitment is to work on the primitive of human condition : doomed to mortality, sexuality and work.1

The installation 'Aorta' in Becoming Ground's exhibition, is made of these cycles and exchanges : water runs, escapes, circulates, meets containers ; its journey – led by the strumming of the pump – is drawn by the long black pipe becoming a line, snaking and tying together the elements.

The installation, nesting in this way in the corner of the street, becomes a portion of landscape, vibrant, lively : a landscape with primitive resonances but in an anthropogenic state.

 

 

 

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1 In reference to the primordial condition of the immortal and free man's fall myth, that Mircea Eliade describes very well in Myths, dreams and mysteries.

 

 

 

Ludmilla Cerveny

graduate from an architecture school, photographer, and artist.

 

 

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