Guillaume Désanges, 61ème Salon de Montrouge, Paris, 2016.
Identité hybride, le duo mountaincutters pratique principalement la sculpture in-situ, contaminant radicalement l'espace des lieux où il/elle expose. En écho à cette identité trouble répond une incertitude esthétique, qui privilégie les situations transitoires et les formes inachevées pour des compositions a priori fortuites, à la beauté sauvage. Matériaux corrompus et objets salis, poussière et rouille envahissant surfaces et sols, bétons brisés, céramiques grossières, eau en circuit continu, les installations de mountaincutters sont des traces d'activités improbables, suspendues entre construction et destruction, architecture et archéologie, s'apparentant parfois à un chantier abandonné. Un caractère brut, pour ne pas dire brutal, dont l'"informe" suscite une part de doute. Rangé (ou plutôt dérangé)comme un tapis sous la poussière. Cette aridité manifeste, tendance arte povera chaotique, ne masque pas la rigueur ni la précision de compositions discrètement théâtralisées, qui impliquent toujours une activité "en creux". De fait, tout ici résonne d'un corps absent, dont les sculptures présentées seraient les prothèses, appendices rudimentaires et insuffisants figés dans une logique fonctionnelle dont la finalité nous échappe. Et si c'était une scène de théâtre, ce serait celle de la tragédie, ou plus précisément de ses résurgences à l'ère industrielle, la fièvre en moins, la distanciation en plus. De fait, la pratique sculptural de mountaincutters a quelque chose de littéraire. Elle s'accompagne d'un travail parallèle d'écriture, poésie brute rédigée à la première personne, qui ouvre un pendant organique aux structures matérielles, entre programme et commentaire potentiel de ce qui pourrait se passer dans l'espace. Parfois, c'est la présence de photographies argentiques qui engage des amorces de narration. Dés lors, c'est un insondable mystère qui se dégage de cette "œuvre", qu'on entend ici au double sens étymologique de travail et d'opéra, c'est-à-dire lié à la peine, à la modification des corps, mais aussi à l'énigme de la création. Guillaume Désanges
critique d’art et commissaire d’exposition. Il dirige Work Method, structure indépendante de production. Il est aussi le curateur de la Verrière, espace de la Fondation Hermès à Bruxelles.
With their hybrid identity, the mountaincutters twosome is involved mainly with site-specific sculpture, radically contaminating the space of the venues where he/she exhibits. Like an echo of this confused identity, an aesthetic uncertainty replies, favouring transitory situations and unfinished forms for seemingly fortuitous compositions with a wild beauty. Rotting materials and soiled objects, dust and rust invading surfaces and floors, broken concrete, coarse ceramics, continually flowing water, the mountaincutters' installations are traces of unlikely activities, suspended between construction and destruction, architecture and archaeology, at times akin to an abondoned work site. A rough, not to say brutal character, whose "shapelessness" arouses an element of doubt. Tidied away ( or rather "untidied" ) like a carpet under dust, this obvious aridity, a chaotic arte povera tendency, does not hide either the rigour or the precision of discreetly theatrical compositions, which always involve an "implicit" activity. Everything here in fact rings out from an absent body, whose sculptures here presented are protheses, rudimentary and insufficient appendicies frozen within a functional logic whose purpose eludes us. And if this was a theatrical scene, it would be one of tragedy, or, more precisely, of its re-emergence in the industrial age, minus the fever, plus the distancing. The sculptural praxis of mountaincutters in fact has something literary about it. It goes hand in hand with a parallel work of writing, raw poetry written in the first person, which opens up and organic matching work with material structures, somewhere between a programm and a potential commentary on what might happen in space sometimes it is the presence of silver photograph wich ushers in beginnings of narrative. From here on, an unfathomable mystery is released from these "work", which is meant here in the twofold etymological sense of work and opera, that is to say, associated with sorrow and the alteration of bodies, but also the enigma of creation. Guillaume Désanges
is curator and art critic, founder of Work Method, a Paris based agency for curatorial project. He is also, the curator of La Verrière (Hermès Foundation, Brussels).
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