Anne-Marie Poels,
H-ART magazine #156, STRT KIT, 2016.
PERCER LA TERRE Ce n’est pas leur façon de travailler, nous racontent les mountaincutters, quand ils nous parlent de leur installation à Poppositions. Ils ne disposaient que de deux jours pour créer un environnement, alors qu’ils ne connaissaient pas l’espace. Jusque là ils avaient toujours créé des installations in situ pour lesquelles l’environnement (c’est à dire ; l’espace extérieur autour) jouait un rôle important et dans lequel ils passaient un temps considérable. Les deux partageaient un atelier en première année de leur formation à l’ESADMM, et c’est à la fin de cette année qu’ils ont commencé à travailler ensemble. 
Marion, "On créait chacun de notre côté… Et on en parlait beaucoup. Il arrivait parfois que j’ajustais des choses aux sculptures de Quentin et inversement. Petit à petit on a commencé à réellement travailler ensemble." Les mountaincutters ont passé leurs diplômes de fin d’étude à deux et ils ont également écrit leurs mémoires ensemble.
Les installations qu’ils construisent depuis ce projet de fin d’étude, existent à travers divers objets, fragmentés et constitués à partir de divers matériaux tel que la terre, le fer, le bois, l’eau et le béton… qui renvoient directement aux environnements. 
Ils nous racontent comment l’eau et le métal ont pris de l’importance pour la sculpture depuis qu’ils vivent à Bruxelles. Avant ils travaillaient déjà régulièrement avec la terre, d’une part pour ce qu’elle porte en elle en temporalités (archéologie) et d’autre part pour sa richesse en minéraux (géologie). C’est aussi la raison pour laquelle ils ont choisi le pseudonyme mountaincutters.

Parfois ils laissent cette terre rentrer dans les installations par intrusion. Comme quand ils résidaient à la galerie Art-cade à Marseille, et que suite à un orage la terre et les feuilles du jardin étaient rentrées dans l’installation. 
Ils nous racontent qu’ils avaient laissés ces éléments : "C’est une manière d’attirer l’attention sur ce qui se passe autour de nous. Ce genre d’événement a une réelle influence sur les projets, et le modifie."
À d’autres occasion ils percent la terre volontairement. Pour leur projet de fin d’études Plateau-blanc qui se situait en partie dans l’espace extérieur autour de leur atelier, ils ont creusés des trous dans le sol. « Cette terre, on l’a mélangé avec du ciment et on l’a remise dans les trous – Avec des cordes attachés pour pouvoir à nouveau les retirer des creux. » 
De cette manière les trous faisaient office de moules – les morceaux de terre cimentés ont par la suite trouvés leurs places à l’intérieur dans l’installation, sur le sol qui était recouvert de ce qui semblait être une substance rouge et minérale. «Cet effet là, on l’a obtenu en mélangeant du ciment avec le produit chimique utilisé pour la photographie argentique.» Le liquide de développement avait déjà été utilisé, ce qui rajoutait encore une couche de lecture. Parfois les mountaincutters insèrent d’ailleurs effectivement dans leurs installations des images photographique de paysages visités, ou de fouilles archéologiques qu’ils ont vus. CORPS ET ENVIRONEMENT En tirant la terre par les cordes, une action liée au corps s’intègre dans l’installation. Cette notion physique a été entre autre éveillée par le fait que Marion est tombée malade à ce moment là : "Je sentais que mon corps était en train de se transformer. J’avais pas mal de problèmes avec mes articulations et mon dos… c’était compliqué." 
Elle raconte comment pour cette même raison Quentin avait construit une table sur roulettes, « une table, mais pour nous c’était comme une prothèse pour le corps. Entre temps les petites roulettes qui servent à déplacer les différents objets ont été incluses dans les installations à plusieurs reprises.
Quentin : " Le lien entre le corps et son environnement était, et est toujours important pour nous. On est à la recherche de frontières et on tâtonne. Qu’est-ce que le corps humain peut faire avec ce qui l’entoure ? Imaginez qu’il n’y a rien d’autre que votre propre corps et devant vous rien d’autre qu’un paysage – Que se passe t-il alors ?
Comment une cohabitation peut se faire, comment pouvez vous vous protéger, comment s’y déplacer…?" 
Leurs installations semblent inachevées, toujours en mouvement. Avec un des morceaux de terre extrait de leur projet de fin d’études, ils ont fait une vidéo dans laquelle la masse se détériore lentement jusqu’à devenir de la poussière, alors qu’elle se fait tracter (par une voiture hors champ).
Quentin : "On ne veut pas forcément parler de la disparition des choses, mais plutôt d’une transformation des choses : Tout prendra toujours une forme, être (quelque chose)."
Marion : "Et que toute chose est toujours en mouvement et poreux, dans une relation fragile au monde dans lequel on vit. Nous parlons des possibles systèmes que l’on puisse développer pour gérer ces mouvements." TEXTES ET CÉRAMIQUE Au sein de chaque installation sont inclus des objets en céramique. Des contenants, des bols, qui renvoient à une existence quotidienne. La forme elle-même nous offre beaucoup de possibles, racontent les deux, mais c’est aussi le processus de création de la céramique qui nous intéresse. Quentin : "La céramique montre des rapprochements avec ce qui se passe dans la terre sous nos pieds, d’un point de vue géologique. Il s’agit de minéraux qui brûlent à très hautes températures." Les émaux, ce sont les artistes eux-mêmes qui les créent, à base de matières organiques brûlées - ce sont les minéraux dans ces matières-là qui font apparaître les différents effets. « Faire les émaux est donc aussi une recherche de matériaux. »
Mais les textes qu’ils écrivent pour chaque installation sont aussi d’une grande importance. Quentin : "On fait de la sculpture et on écrit – les deux pratiques sont très liées. Ce sont des espaces distincts que nous pouvons explorer. Certaines choses qui ne sont pas faisable en installation peuvent être possible en écriture. De la même manière que notre installation est fragmentée, l’écriture peut aussi se constituer de mots courts, de phrases, de situations. Les expériences vécus en voyant des paysages ou même des choses qui se passent en créant une installation. 
Le duo raconte que le texte – toujours de la fiction – est l’histoire d’une identité hermaphrodite qui montre parfois son côté féminin, et parfois son côté masculin. Le rôle du texte est aussi de faire apparaître des liens, des petites choses que vous n’aviez pas vu et à travers lesquelles vous vous faites une nouvelle image de l’installation. LINK TO THE ORIGINAL VERSION

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